| ART CONTEMPORAIN | - Article Voix du nord - mercredi 09.03.2011, 05:17 - PAR CATHERINE PAINSET
La foire européenne d'art contemporain revient fin mars à Lille, sur les bases de l'an dernier et avec le même directeur artistique, Didier Vesse. L'objectif affiché est de 15 000 visiteurs. Il pourrait bien, pour la première fois, être atteint. Voici pourquoi.
1.Un contexte favorable. Certes, il y a la crise. Des acheteurs regardent plus à la dépense qu'il y a cinq ou dix ans. Mais, parallèlement, l'aura de l'art contemporain ne cesse de grandir. La Tate Modern serait passée devant tous les autres musées londoniens en terme d'entrées. Lille et sa métropole sont en pointe, côté équipements (Tri postal, gare Saint-Sauveur, Fresnoy, LaM...) et événements (à l'automne, « Collector » succédera à « La Route de la soie » - 126 700 visiteurs - au Tripo). Potentiellement, ici, le public est important. « On a une clientèle jeune, de jeunes cadres, confirme Didier Vesse, qui s'est cultivée, qui s'est intéressée, grâce au travail de fond mené ici depuis 2004. » Sans oublier les Belges voisins, traditionnellement intéressés par l'art contemporain et le design.
2.La stabilité, après une (courte) histoire mouvementée. Un ballon d'essai est lancé en 2004, mais 8 800 visiteurs, seulement, arpentent Art Event pendant le week-end du 11 novembre. Il faut digérer cette grosse déception. En 2008, la foire est relancée, sous le nom de Lille Art Fair. Olivier Billiard décide d'en faire un événement printanier, à rayonnement d'abord régional, et de l'installer dans le temps. Ses choix sont payants : 13 804 entrées sont enregistrées. Succès un peu infirmé l'année suivante, avec 11 000 visiteurs. En 2010, Didier Vesse reprend la direction artistique, après le décès d'Olivier Bil-liard. « J'ai relevé le défi, avec d'autres idées, entouré des gens très compétents de Lille Grand Palais », analyse-t-il aujourd'hui. La fréquentation remonte à 13 020.
3.L'art de créer l'événement. Didier Vesse a imaginé, l'an dernier, la Nuit de l'art. « Cela permet de dédoubler le vernissage, qui attire toujours du monde. Et puis ça donne la parole aux galeries, qui font la programmation de cette soirée. Il y a beaucoup d'animation sur les stands, de la convivialité et des échanges. » Pour donner du rythme à sa foire, gagner en attractivité,le directeur artistique a aussi créé des espaces différenciés : la « Print Art Fair » se double en 2011 d'une « Video Art Fair ». « Nous voulons montrer toutes les techniques qui sont à la disposition des artistes. C'est aussi un travail pédagogique. » La foire expose ainsi de la céramique et du design pour la première fois, présente à nouveau des livres d'artistes, consacre un « one man show sculpture » à Pierre Riba (installé par trois galeries associées... fait rare !).
4.Une exposition grand public. En 2010, l'exposition de prestige réunissait treize oeuvres sur le thème de la Cène, collectionnées par Roger Castang. En 2011, Didier Vesse laisse parler son coeur en choisissant Folon. « Je l'ai rencontré gamin, dans une émission de télé. Il était l'artiste de mes rêves. C'est quelqu'un que j'ai ensuite vu plusieurs fois dans ma vie. Il était merveilleux. » Ce choix est raisonné, aussi : « J'en ai parlé aux professionnels, ils m'ont dit que c'était une très bonne idée. Folon a commencé très jeune, s'est ouvert à toutes les techniques. Il a été connu par le dessin, l'aquarelle, mais il a aussi été un sérigraphe extraordinaire, il a fait du cinéma, illustré Prévert, fait des couvertures de magazines et de la pub. Il a tout fait avec excellence. » Sûr que les quadras se souviennent de son générique pour Antenne 2.
5. Des stratégies pour faire du visiteur un acheteur. Au-delà du nombre d'entrées, le succès de Lille Art Fair se mesure au chiffre d'affaires (difficile à quantifier : il y a des ventes qui se concluent sur place, mais surtout des contacts noués pour de futures transactions...). Alors tout est pensé pour que le visiteur se sente bien, se laisse aller à l'émotion artistique et... dégaine son chéquier.
D'abord, il ne paie pas trop cher l'entrée (le ticket est passé de 12 à 8 € l'an dernier, il y reste), et une fois qu'il a franchi les portes, il peut revenir gratuitement. À l'intérieur, il a accès à un bar et à un espace de restauration. « C'est très fatiguant de visiter une foire, il ne faut pas vouloir tout faire d'un coup, conseille Didier Vesse. Pour bien découvrir l'art, il faut avoir du temps. »
6.La présence des galeries lilloises. Depuis le début de la foire, c'est un peu le jeu du chatet de la souris. Certaines galeries sont venues avant de claquer la porte, d'autres n'ont pas encore voulu y mettre les pieds. Elles ont pu considérer l'événement comme une concurrence. Didier Vesse se fait rassurant : « C'est tout le contraire... Une foire qui s'installe, ça crée une dynamique. » Cette année, sur 70 exposants, on compte dix galeries locales. La notoriété de la foire, son succès, passera aussi par la réputation qu'elles lui feront...
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